Je
m’éveille aux aurores et rapidement me voilà prise d’un sentiment de
culpabilité, celui qui vous fouette au réveil lorsque les idées reprennent
place. J’ai trop dépensé hier soir. Je vais acheter mes légumes au discount
pour faire des économies et je dépense sans compter pour de misérables Cuba Libre. Je me sens mal. Je connais
bien cette culpabilité-là, celle qui me prenait à la plus petite dépense à
l’époque où mon porte-monnaie ne faisait aucun bruit.
Et
pourtant ce matin, malgré l’heure indue et les quelques effluves d’alcool qui
s’échappent encore de mes pores, ma réflexion se creuse davantage.
Pourquoi ?
Pourquoi
ce sentiment de culpabilité ?
C’est
vrai, j’ai passé une super soirée.
Pourquoi
culpabiliser lorsque l’on dépense trop ? Ou lorsqu’on se lève trop
tard ?
Pourquoi
culpabiliser à chaque fois que l’on privilégie le plaisir à la corvée ? Ou
que l’on privilégie le plaisir tout court, quand bien même aucune corvée n’en
pâtit ?
La
réponse est simple : mon éducation. S’il y a bien une valeur que ma mère
m’a transmise, c’est celle de la culpabilité. Et aussi que le plaisir est un
privilège qui, comme tout privilège, doit se mériter.
Et là je
me dis, c’est quand même dingue que ça ne m’ait pas sauté aux yeux plus
tôt : ce sont des valeurs fondamentalement chrétiennes.
Alors que
ma mère, elle, a toujours refuser de nous donner une éducation religieuse. Mais
c’est pourtant celle qu’elle a reçue de ses parents, et ces valeurs chrétiennes
sont désormais ancrées si profondément en elle qu’elles sont devenues siennes.
En fait, elle nous a transmis ses valeurs, à elle, en ayant simplement oublié d’où elles venaient.
Comme j’ai
moi-même mis vingt-trois ans à m’en rendre compte.
Car c’est
cela que la religion a réussi à faire de nous. Elle s’est ancrée si
profondément dans notre culture qu’elle lobotomise chaque individu, même ceux
qui n’ont reçu aucune éducation religieuse.
Il y a
sûrement plein d’autres aspects de ma personnalité qui ont été façonnés par des
entités externes sans même que je m’en rende compte.
Maintenant,
j’ai envie de découvrir plus encore le bouddhisme, dont les valeurs morales me
paraissent si éloignées des nôtres. Ou l’islam, que je ne connais pas assez
mais qui m’a toujours intriguée. Et j’ai envie de découvrir une flopée de
cultures différentes de la mienne pour pouvoir prendre encore davantage de
recul sur moi-même. C’est aussi à cela que sert le voyage. Mais il doit être
accompagné d’une grande capacité de remise en question et d’ouverture d’esprit.
Sinon il ne sert à rien.
Il en va
de même pour le voyage intérieur.
A bon
entendeur…